Le Fihavanana

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Le « fihavanana » est une forme de lien social qui régit la culture de Madagascar. Il est le ciment de la cohésion sociale des Malgaches. Pour ces derniers, préserver le fihavanana doit être un souci au quotidien. Étymologiquement, « fihavanana » a comme racine « havana », un mot malgache qui signifie surtout « lien du sang » ou « membre de la même famille » mais qu’i s’est étendu au concept de « ami ». Les Malgaches qui valorisent le fihavanana considèrent ainsi son prochain comme un membre de sa famille. Et on retrouve ce concept entre voisins, entre habitants d’un même village ou d’un même quartier, entre deux personnes faisant des affaires ensemble, voire entre deux personnes qui ont l’occasion d’échanger même si ces derniers ne se connaissaient quelques heures auparavant. 

Une racine ancrée dans la tradition et la culture malgache

Le Fihavanana est un don de Dieu et des ancêtres d’après la foi et les croyances malgaches, il ne doit jamais être bafoué.

Au nom du fihavanana, « Aleo very tsikalakalam-bola, toy izay very tsikalakalam-pihavanana » d’après un proverbe malgache. Ce qui signifie : mieux vaut perdre de l’argent que de perdre le fihavanana. Ce qui peut s’appliquer par exemple quand une personne ne peut s’acquitter d’une dette, au nom du fihavanana, on recherchera une solution ou une forme de compensation à l’amiable, quitte à effacer la dette en question.

Au nom du fihavanana, le travail de la terre des Malgaches se fait en groupe (effectués par les membres d’un village ou d’une communauté), avec une seule compensation, que ce même groupe fasse le tour de toutes les rizières et les terres cultivées des autres membres du groupe, exactement de la même manière.

Au nom du fihavanana, malgré de maints problèmes politiques à Madagascar, il n’y a jamais eu de véritables conflits armés comme c’est le cas chez d’autres pays africains. Les protagonistes ont toujours été d‘accord pour s’asseoir devant la table des négociations.

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Le Hasina, ou Dracaena angustifolia, un arbre de taille moyenne

Au nom du fihavanana, des traditions comme les famangiana lors d’un décès ou les fêtes données à l’honneur des nouveau-nés, des famadihana et circoncisions, où on invite tous les membres de la communauté se perpétuent. 

Fihavanana et solidarité

Le mot qui semble le plus proche du Fihavanana semble être « solidarité », mais bien cadré dans le sens « communautaire ». Les Malgaches croient qu’ils ne peuvent se passer de leurs familles, de leur environnement, et de la communauté. Et la communauté se préserve grâce au fihavanana.

Cependant, la « solidarité » ne suffit pas. Pour garder le fihavanana, il est aussi notion de consensus et d’engagement. « Consensus » par exemple quand il faut laisser de côté ses principes pour effacer une dette, et « Engagement » par exemple quand il est question de réaliser des travaux de champs chez son voisin sans penser à être rémunéré.

La place du fihavanana dans la société d’aujourd’hui

Est-ce que le « fihavanana » a toujours autant de place dans la société malgache ? Oui, mais pas autant qu’avant. La pauvreté et la modernité en sont les principales causes. Dans des lieux où les voisins n’ont plus l’occasion de se voir et se parler chaque matin, séparée par des murs et reprenant leurs vies quotidiennes loin de chez eux, il est normal que le fihavanana ne soit plus aussi important. Par ailleurs, lorsque la notion de « rémunération » a pris autant d’importance, il est normal que les entraides aient de moins en moins d’importances.

Notez cependant que cette forme de politique d’entraide et de solidarité persiste en milieu rural, mais aussi dans des quartiers moins favorisés en milieu urbain.

Revue de Presse