Le Zébu de Madagascar

Zébu Bos taurus indicus

Le Zébu de Madagascar, Bos taurus indicus

Le Zébu ou « Omby » (aomby, aombe, agnombe… selon le dialecte) est l’animal le plus domestiqué à Madagascar. Au début de ce siècle, des études ont démontré qu’il y a à Madagascar plus de zébus que d’hommes. Cependant, c’est une richesse en péril ces dernières années à cause d’une exportation trop importante dont la plupart sont illicites.

A Madagascar, le zébu ne partage pas la place de la plupart des animaux de ferme. Le zébu sert de nourriture aux Malgaches, certes, mais sa valeur symbolique auprès des Malgaches est de loin plus importante. Un grand nombre de Malgaches place leurs capitaux dans les zébus par exemple, une pratique qui commence cependant à se faire rare depuis le phénomène « dahalo ».

Le zébu est aussi un symbole emblématique de Madagascar. À titre d’exemple, les têtes de zébus sont par exemple présentes sur les billets et pièces de monnaies malgaches. L’équipe de football de Madagascar porte aussi le nom de « Barea de Madagascar », mot dialectique qui est synonyme de zébu. 

Bos taurus indicus

Le zébu de Madagascar est de la même espèce que le zébu qu’on retrouve dans le monde entier. Le Bos taurus indicus serait originaire de l’Asie, spécialement de la péninsule indienne. Le zébu est arrivé à Madagascar en même temps que les premiers hommes, arrivés en bateau de l’Asie et de l’Afrique (même espèce). On imagine en effet que ces immigrants ont eu la précaution d’emmener l’une de leurs sources de nourriture.

like tweet plusone

Notez qu’il existe aussi des bœufs (Bos taurus taurus) à Madagascar, concentrés principalement sur les hautes-terres, qui se reconnaissent surtout par l’absence de bosse à graisse. Cependant, ces deux races de bovins ne sont pas traitées différemment chez les Malgaches, d’un côté parce que les deux espèces sont très proches et qu’ils peuvent même être croisés, et d’un autre côté parce que la plupart ne connaissent pas la différence entre les deux espèces. Ces derniers portent aussi le nom malgache de « omby ». On estime que les bœufs représentent environ 10% du cheptel bovin de Madagascar. 

Le zébu dans la vie quotidienne des Malgaches

Considéré comme un animal sacré par les Malgaches, le zébu a surtout une importance capitale chez les agriculteurs. Le zébu donne le lait dont les enfants ont besoin chaque jour pour exemple. Les zébus mâles peuvent les aider à labourer les champs, ou à tirer les charrettes (saretin’omby) pour le transport des marchandises, des personnes… En hiver, les zébus profitent des herbes des champs, mais y laissent en contrepartie leurs excréments qui constitueront des engrais pour les prochaines récoltes. La mort des zébus, les cornes et le cuir seront utilisés par les artisanaux, pour la fabrication d’objets de décorations par exemple.

Pour certains éleveurs, l’élevage de zébu peut être leurs sources de revenu. Avec plusieurs milliers de têtes parfois, ils alimentent chaque année des centaines de villes et de villages. Les marchés de zébus comme celui qui se trouve à Ambalavao peuvent constituer de vrais attraits touristiques, vu que lors des jours de marché, d’autres festivités comme le savika, le moraingy, des spectacles de hira gasy… peuvent être organisés.

Le zébu dans la culture traditionnelle malgache

Le zébu est avant tout signe de richesse chez les Malgaches. Même si le zébu existe dans tout Madagascar, ce sont surtout les Bara qui sont réputés être les plus grands éleveurs de zébu. Il est ainsi plus courant de retrouver des troupeaux de milliers de zébus dans le Sud et le Sud-Ouest de Madagascar.

Tombeau Mahafaly

Un tombeau Mahafaly, orné de cranes et de cornes de taureaux

Mais le zébu est aussi omniprésent dans la plupart des fêtes et autres événements familiaux et de plus grandes envergures à Madagascar. Dans des cérémonies religieuses, le sacrifice d’un zébu en offrande aux ancêtres est monnaie courante. C’est surtout le sang du zébu qui constituera l’offrande. Le même zébu servira ensuite de repas à la communauté présente.

Dans certaines cérémonies mortuaires, plus le défunt a été riche, plus on sacrifie de zébu. L’os frontal accompagné des cornes des zébus ornera ensuite le tombeau, comme c’est le cas chez les Mahafaly. La viande est distribuée à la population, et si cette dernière n’est pas satisfaite, la famille devrait encore sacrifier d’autres têtes.

Mais le zébu est aussi le symbole de la force et de la puissance. Ce fait se présente différemment chez toutes les ethnies. Chez les Merina ou les Betsileo par exemple, le tolon’omby (la corrida malgache) permet aux hommes de démontrer leurs forces pour séduire leurs futures femmes. Chez les Bara, c’est le vol de zébu qui démontre leur agilité et leur force. Ce même zébu sera celui qui sera sacrifié lors de la cérémonie de mariage.

Dans la culture Merina, le zébu a été introduit au temps du Roi Ralambo. Ce dernier aperçut pour la première fois des zébus lors d’un de ces déplacements à Ambohitrabiby. Il demanda alors à ces compagnons de tuer l’un d’eux et d’en gouter la viande. Sous le conseil de ces compagnons, il gouta lui-même et apprécia la viande de zébu. Il décida alors de rassembler les zébus dans un parc fermé et de commencer à les domestiquer. Il décréta alors que la population pouvait manger le zébu, mais devrait offrir le vodihena (l’arrière-train) au Roi. Plus tard, la tradition a évolué, les Malgaches réservent uniquement ce morceau aux parents et aux aïeux.

Le zébu dans la gastronomie malgache

Le zébu est la viande principale et traditionnelle de la gastronomie malgache. La viande de zébu est très peu grasse (sauf pour la bosse qui est faite pour accumuler la graisse). Les restaurants malgaches proposent généralement des plats à base de viande de zébu. Les menus malgaches accompagnent la viande de zébu de riz et de brèdes, de légumes ou de légumineuses.

Saretin'omby

Le zébu, un animal de trait pour le transport

Vous rencontrerez sûrement aussi les viandes de zébus lors de vos virées nocturnes à Madagascar. En effet, les brochettes de viandes de zébus sont très appréciées à Madagascar, initialement macérées avec des produits tels la sauce soja, le gingembre, le miel… (selon les régions).

Le « hena ritra » est un plat traditionnel malgache, très réputé et apprécié. C’est une recette liée surtout à la volonté de conserver la viande plusieurs jours. Celle-ci est cuite à feu doux durant deux jours et deux nuits, sans sel et sans autres condiments. Après ces deux jours, la viande devient très tendre et la graisse flotte à la surface.

Le phénomène « dahalo »

C’est un phénomène originalement lié à la culture traditionnelle de la partie Sud de Madagascar, qui s’est répandu et devenu incontrôlable actuellement à Madagascar. En effet, chez certaines tribus du Sud comme chez les Bara ou les Masikoro, le vol de zébu est une tradition qui se pratiquait de village en village, et qui n’était pas réellement sanctionnée.

Bien plus tard (20 ou 30 ans auparavant), le vol de zébu est devenu un phénomène à réel but lucratif. En effet, le commerce de zébu devenant de plus en plus important, parce que la plupart des Malgaches ont abandonné l’élevage et deviennent des acheteurs consommateurs, le vol de zébu peut rapporter beaucoup d’argent à des groupes organisés, qui dérobent plusieurs centaines de zébus et de bœufs à des villages.

Mais depuis quelques années, le commerce de zébu est devenu de plus en plus lucratif, surtout quand le marché s’est étendu vers d’autres pays (Océan Indien, Afrique, Asie, Europe… ). Officiellement, l’exportation de viandes de zébu est réglementée. Cependant, le marché noir se développe très rapidement et est présent sur plusieurs niveaux (vol de zébus, abattage illicite, exportation illicite…).

De nos jours, les « dahalo » sont plus armés, plus dangereux, et ne se limitent plus aux zébus (qui deviennent de plus en plus rare). Par groupe de plusieurs centaines, ils dévalisent des villages entiers, emmenant les zébus, les richesses, l’argent… 

Revue de Presse