Le Rova ou le palais d'Ambohimanga

Ambohimanga

Ambohimanga, Patrimoine mondial de l'UNESCO

Situé à 21 km au Nord d’Antananarivo, la colline royale sacrée d’Ambohimanga ou étymologiquement « la colline bleue » est un lieu chargé d’histoire, considéré comme le berceau du Royaume de Madagascar. En effet, le Roi Andrianampoinimerina qui s’est fixé comme objectif d’unifier l’île de Madagascar était initialement assis sur le trône d’Ambohimanga, avant de partir à la conquête de l’Imerina, puis de tout Madagascar.  Après sa mort, le Roi Radama I, son fils et successeur, régnait à Antananarivo, certes, mais Ambohimanga fût son palais et résidence secondaire. Il en sera ainsi pour tous les souverains qui lui ont succédé. Ambohimanga fait partie des 12 collines sacrées de l’Imerina.

De nos jours, malgré de multiples transformations et restaurations, Ambohimanga a en grande partie préservé son visage d’origine. C’est ainsi que ce site a intégré la liste des patrimoines mondiaux de l’UNESCO.

Patrimoine mondial de l’UNESCO

« La colline royale d’Ambohimanga constitue un témoignage exceptionnel de la civilisation qui s’est développée sur les Hautes terres centrales malgaches du XVe au XIXe siècle, et des traditions culturelles et spirituelles, le culte des Rois et des Ancêtres, qui y sont étroitement associées. … Elle est associée à des valeurs identitaires et émotionnelles très fortes relevant du caractère sacré du site à travers ses tombeaux royaux vénérés, ses nombreux lieux de culte (fontaine, bassins et bois sacrés, pierres de sacrifice), et ses arbres royaux à allure majestueuse. » Source : Site de l’UNESCO

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  • Critère (iii) : La colline royale d’Ambohimanga est le symbole le plus significatif de l’identité culturelle du peuple malgache.
  • Critère (iv) : La conception, les matériaux et la disposition traditionnelle de la colline royale d’Ambohimanga sont représentatifs de la structure politique et sociale de Madagascar depuis au moins le XVIe siècle.
  • Critère (vi) : La colline royale d’Ambohimanga est un exemple exceptionnel de lieu où, pendant des siècles, la mémoire, le rituel et la prière ont façonné une expérience humaine collective.

Histoire d’Ambohimanga

Comme pour la plupart des collines et places fortes des hautes terres malgaches, les premiers habitants d’Ambohimanga sont les vazimba, arrivés sur les lieux depuis plus de 20 siècles. Cette colline portait encore le nom de « Tsimadilo ».

Vers les années, un prince détrôné en provenance de l’Imamo, du nom d’Andriamborona, s’est installé sur la colline, en le renommant Ambohitrakanga ou la "Colline des Pintades", un nom associé étrangement aussi à la colline d’Ilafy. C’est au XVIIIe siècle que le Roi Andriamasinavalona a conquis les lieux, en le donnant son nom actuel. Andriantsimitoviaminandriandrazaka, fils d'Andriambelomasina, petit fils d’Andriamasinavalona fut le premier à commencer la vraie construction d’un palais et d'un village fortifié. Ce sera ensuite en 1878, qu’un grand Roi prît le trône d’Ambohimanga, Andrianampoinimerina. Et c’est à partir de ce palais qu’il commença la conquête de tout Madagascar. Jusqu’à sa mort, Andriamampoinimerina a vécu officiellement à Ambohimanga. En effet, c’est avant de mourir qu’il ordonna son fils Ilaidama (futur Radama I) de régner à Antananarico, à Manjakamiadana et d’y loger. Andrianampoinimerina sera inhumé à Ambohimanga avant que le pouvoir colonial ne décide de transférer ces restes au Rova d'Antananarivo.

Le palais ne servait alors qu’en tant que résidence secondaire pour tous les monarques qui ont succédé sur le trône d’Antananarivo. Cependant, pour marquer son caractère sacré, aucun étranger n’avait le droit de pénétrer à l’intérieur du village et surtout du palais. Ce statut de « cité interdite » ne prendra fin qu’avec la colonisation.

Durant l’époque coloniale, les Français ont réalisé des efforts considérables pour désacraliser cette colline, au même titre que d’autres lieux symboles de la monarchie, comme le cas de l’île du lac Anosy. Une grande partie de la ville a changé de visage et les dépouilles des anciens Rois ont été transférées à Antananarivo. Le palais a cependant servi de résidences de vacances de hautes personnalités françaises et étrangères. Depuis quelques années, Ambohimanga est devenue une vraie destination touristique accueillant plus d’un millier de visiteurs chaque année.

Andrianampoinimerina

Andrianampoinimerina, Roi le plus célèbre de la monarchie

Les Rois d’Ambohimanga

Par la suite, aucun Roi officiel ne régnait à Ambohimanga. Ce territoire est annexé totalement à Antananarivo, où la dynastie continua de régner pendant un siècle.

Les trois enceintes d’Ambohimanga

Ambohimanga abritait trois enceintes royales. Seul Mahandry a survécu.

Ambohimanga tel que nous le connaissons aujourd’hui est en réalité l’enceinte qui se nommait Mahandry. Elle abrite la case d’Andrinampoinimerina dénommée Mahandrihono. Elle abrite aussi Mahandry, le palais proprement dit. Cependant, cette version du palais ne datait que de la Reine Ranavalona II. Mahandry a été en premier construit à Anatirova, avant d’être démonté pièce par pièce et remonté à Ambohimanga, en lieu et place d’un ancien palais construit par Andrianampoinimerina. On y retrouve aussi Tranofitaratra (maison en mur de verre), construit par Ranavalona II. On retrouve aussi à l’intérieur de Mahandry l’emplacement des tombeaux royaux, avant que leurs dépouilles ne soient transférées à Anatirova durant l’époque coloniale. Enfin, Mahandry abrite le Fahimasina, le parc à bœufs sacré, destinés à ceux qui seront des offrandes lors des différentes cérémonies qui se sont déroulées au palais.

Bevato fut aussi une enceinte très importante. Elle abritait entre autres Manatsaralehibe, la maison du fils âiné du Roi. Manatsaralehibe avait aussi été construit initialement à Anatirova avant d’être transféré à Ambohimanga. Bevato abritait aussi Manatsarakely, le palais des épouses du Roi, puis Tsarataratra, le palais des autres enfants du Roi. Enfin, on pouvait y retrouvait Bevato, un emplacement destiné à lapider Andrianjafy, oncle et principal adversaire d’Andrianampoinimerina pour le trône, qui a essayé de l’assassiner, au cas où ce dernier retournait à Ambohimanga.

L’enceinte Nanjakana, la dernière sur la liste, abritait Nanjakana, le palais le plus ancien, où les Rois antérieurs à Andrianampoinimerina résidaient. Avant la mort de son père, Ilaidama y résidait aussi. 5 autres palais étaient aussi situés à Nanjakana, Manandraimanjaka (construit par Andrianampoinimerina pour ses enfants), Manambitana, Mananjara, Fohiloha et Kelisoa. L’enceinte comme l’ensemble des édifices ont été détruits par une explosion d’un baril de poudre accidentellement entrainant un incendie qui tua plus de 80 personnes.

D’autres lieux historiques

Fidasiana est une vaste esplanade où se déroulaient les cérémonies importantes du royaume. Le Roi Andriantsimitoviaminandriandehibe y a consacré une pierre, le « vatomasina » ou pierre sacrée. Ce lieu abritait aussi le Rova de Bevato, avant que celui-ci ne soit transféré.

Ambatorangotina, par contre, est une place de plus petite envergure. Andrianampoinimerina décida cependant de lui donner plus d’importance, car c’est sur ce lieu qu’il a été consacré Roi par les Tsimahafotsy, les Hova d’Avaradrano.

Ambatomiantendro est un lieu où on retrouve un autre vatomasina, lieu d’offrandes jusqu’à aujourd’hui. Cette place offre une vue sur une bonne partie de l’Imerina. C’est aussi le lieu où Andrianampoinimerina jouait au « Fanorona ». 

En outre, on peut aussi y trouver Amparihimasina ou le « lac sacré » qui a été aménagé par le Roi Andrianampoinimerina à l’emplacement d’un marécage, Andranomboahangy (Eaux de perles) et Andranomatsatso (Eaux fades), sources sacrées, lieux de prières et d’offrandes.

Les sept portes sacrées d’Ambohimanga

Lorsque vous effectuez une visite du Rova d’Ambohimanga, votre guide vous proposera sûrement de visiter les 7 portails ou “vavahady”. En réalité, il y a eu en tout 14 portails, les 7 premiers ont été construits du temps d’Andriatsimitoviaminandriandrazaka et 7 autres du temps d’Andrianampoinimerina. Le chiffre 7 a été un chiffre sacré pendant la monarchie, il n’est pas étonnant de le retrouver ainsi.

Portail Ambohimanga

L'un des sept portails du Rova d'Ambohimanga

Les plus anciennes construites sous Andriantsimitoviaminandriandrazaka :

  • Ambavahaditsiombiomby (la porte où les boeufs ne passeront pas) à l'Est, réservé au souverain
  • Ambodiaviavy (la porte sous le figuier, arbre sacré du Roi) au Nord-Est
  • Ampanidinamborona (la porte où les oiseaux s'envolent) au Nord
  • Andranomboahangy (la porte du côté de l'eau de perle) au Nord-Ouest
  • Ambavahadimasina (la porte sacrée parce que c'est là qu'on prélevait le zahana, plante destinée à la cérémonie de la circoncision) à l'Ouest
  • Ambavahadimahazaza (la porte des enfants) au Sud
  • Ambavahadikely (la petite porte) au Nord-Ouest

Celles édifiées du temps d'Andrianampoinimerina

  • Ambatomitsangana à l'Est et Andakana à l'Ouest, interdits aux morts
  • Amboara au Nord et Miandrivahiny au Nord-Ouest pour les morts
  • Ampitsaharana au Sud-Ouest, Andranomatsatso au Sud et Antsolatra au Sud-Est qui sont des postes de guet.

Notez que la construction des portes, ainsi que leurs entretiens ont été confiés aux différents clans de l’Imerina. En effet, chaque clan était représenté dans le village royal, avec des quotas de nombres de cases bien précises. Mais dans l’ensemble, les portails ont été construits en pierres taillées. 

L’aspect religieux

Ambohimanga a toujours été un symbole de la religion traditionnelle malgache. Le Roi Andrianampoinimerina, qui fut le véritable dernier souverain résidant entièrement à Ambohimanga était un fervent pratiquant et un défenseur des traditions. En témoignent les tombeaux où reposent les restes des grands rois avant que ces derniers ne soient transférés à Antananarivo. En témoignent aussi les différents sampy ou idoles royaux, comme Ikelimalaza, Rafantaka ou Manjakatsiroa.

De ce fait, Ambohimanga possède toujours des fady (ou des tabous), comme les escargots, les chevaux, les hérissons, le porc, l’oignon, le maïs, la courge et le rognon. Enfin, durant les temps de la monarchie, Ambohimanga était fady pour les étrangers, plus spécialement les Européens et les blancs. 

Ambohimanga sur Google Map

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