Antakarana

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Les « Antakarana » font partie des 18 ethnies officielles de Madagascar. Le Pays Antakarana (en rouge sur l'image) se trouve dans l’extrême Nord du pays, d’Ambilobe (par l’Ouest) ou de Vohémar (par l’Est) jusqu’au Cap Saint-André. Le mot « Antakarana » peut être traduit ainsi : « ceux qui habitent dans les régions rocheuses », ou pour faire plus simple : « ceux qui habite dans l’Ankarana ». Ankarana est une région rocheuse de cette partie de l’île, où se situe entre autres le Parc National de l’Ankarana et le plus vaste réseau de galeries souterraines de Madagascar, ayant servi autrefois comme cachette et lieu de bataille des guerriers Antakarana contre les envahisseurs. La capitale du pays Antakarana est Ambatoharanana même si la plus grande ville du pays est Diégo-Suarez, qui petit à petit semble prendre le relais. 

Le pays Antakarana est connu pour avoir subi de nombreuses invasions, venues du Sud-Ouest ou du Sud-Est, mais aussi de la mer, des peuples venus d’Asie ou d’Afrique. Cette région Nord de Madagascar a aussi été des repères stratégiques pour les pirates, qui mouillaient au large des côtes, qui se mêlaient au reste de la population, en emmenant avec d’autres hommes d’origines diverses. Si bien que le peuple Antakarana est un peuple fortement métissé, même si l’origine austronésienne tient encore une très grande place. 

Origine et histoire

Le peuple Antakarana se serait constitué à partir de nombreuses vagues d’immigrations d'origine spécialement austronésienne, comme la majorité des ethnies malgaches. Mais le fondateur du royaume Antakarana serait Andriantsiroro, descendant d’un prince Sakalava nommé Kozobe issu des Zafimbolafotsy, chassés vers le Nord par les Zafimbolamena. Notez que les princes Sakalava eux-mêmes sont des descendants de la dynastie Maroseranana, qui sont originaires du Sud-Est de Madagascar. 

Andriamaintso, fils de Kozobe a régné a Antafondro, aux environs de Lokobe. Andriamanampelo, soin fils lui succède en 1689, mais celui-ci a été repoussé et tué par un groupe Sakalava, emmené par un certain Tsivantana. Un récit local raconte que Tsivantana a coupé la tête d’Andriamanampelo, et l’a jeté dans la rivière Ankazonkoniny. C’est ainsi qu’il est « fady » pour les Antakarana de boire l’eau de cette rivière.

Le fils d’Andriamanampelo, ainsi que le reste de sa famille a été chassé par quelques guerriers envoyés par Tsivantana. La poursuite s’était achevée à Maroantsetra, lorsque la famille d’Andriamanampelo a réussi à vaincre les guerriers de Tsivantana, avec l’aide d’un membre de la famille nommé Radoro issu lui aussi des Zafimbolafotsy. Tsivanana a dû repartir vers le Sud après trois ans et Andriantsiroro a pu revenir dans la Sambirano, où il fonda le royaume Antakarana en s’établissant à Ambilobe. Cependant, Andriantsiroro reconnaissait la supériorité des Sakalava du Boina et acceptait d’être soumis, moyennant des rentes annuelles.

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Tembola, fils d’Andriatsiroro et petit-fils de Lamboeny Andriamanolotsiarivo, arrivé sur le trône en 1802, et fut le premier à vouloir contester la domination Sakalava et sa situation de vassal. En 1812, Tembola signifie son officiellement désaccord au peuple Sakalava en refusant de se rendre aux funérailles de Ravahiny, le Roi du Boina. Tsimilomo, l’un des fils de Ravahiny envoya alors une armée vers le Nord et fit fuir Tembola vers Ambatohanjahana. Tembola est mort remplacé par son frère Boanahajy Raboana en 1818. Notez qu’avant sa mort, Tembola a reconnu officiellement l’autorité Merina emmenée par Radama I, alors en guerre contre les Sakalava. Boanahary Rabaoana a été remplacé par le peuple par Tsialana I, fils de Tembola en 1825. En compensation, Boanahary Rabaoana s’est vu offrir Nosy Be et Nosy Faly. Tsialana I de son côté, dès son accession au trône, n’avait qu’une idée en tête, se détacher de l’oppression des Merina et des Sakalava. Mais son armée a été écrasée par l’armée Merina, en 1926.

Tsialana I meurt en 1832, et son fils, Tsimiaro accepte de poursuivre ces efforts d’indépendance, contre la suprématie Merina, les Sakalava étant désormais en partie vaincus par Radama I. Mais à son arrivée, la situation politique du royaume fut très compliquée. En effet, quelques années auparavant,  la prise de pouvoir de son père aux dépens de son oncle Bonahajy, et le premier n’a pas encore obtenu l’appui de la majorité du royaume. En plus, les Merina ont débarqué en pays Antakarana en 1823, et malgré le fait que ces derniers ne sont pas venus en tant que vrais conquérants, étant inférieurs en nombre et loin de leurs bases, ils ont réussi à semer un vent politique défavorable, en reconnaissant le prince Tsimandroho à Vohémar.  C’est de là que la conquête du pays Antakarana par les Merina avait réellement débuté, grâce surtout à des manœuvres politiques visant à déstabiliser le royaume, profitant des dissensions internes entre les princes.

Ankarana

Les Tsingy de l'Ankarana, véritable piège pour les étrangers.

Et la défaite (ou la capitulation) d’une partie du pays Sakalava s’est tournée en défaveur de Tsimiaro, qui s’est vu devoir faire face à deux armées réunies. C’est ainsi qu’il s’est tourné vers l’extérieur, pour renforcer le sien. Et il a trouvé un allié de poids, du côté du sultan de Zanzibar Seyid Said qui accepta d’envoyer plusieurs navires de guerre et plusieurs militaires. Mais ces derniers n’ont pas pu repousser la puissance Merina. Tsimiaro s’est alors tourné vers un autre allié de poids, la France, pour qui le renforcement de l’armée de Radama I et son projet d’unification de l’île n’étaient pas vu de bon œil. Tsimiaro a alors échangé l’Archipel des Mitsio, Nosy-Be, Nosy Faly et une partie du pays Antakarana aux Français contre la protection de son peuple et de l’argent. Mais une partie des Antakarana a refusé cette protection française, notamment ceux des environs de Mahavavy. Cers derniers, emmenés par le prince Tsimatahotra, et armées par un allié de poids, les Merina, ont attaqué Tsimiaro. Vaincu, Tsimiaro se réfugie quelque temps dans son fief, situé dans les grottes du massif karstique de l’Ankarana, plus connu sous le nom « le trou de Tsimiaro », avant de s’exiler sur l’Archipel des Mitsio avec 5000 fidèles, aux environs de 1840.

Tsialana II Andriamanorinarivo succéda officiellement à Tismiaro en 1883, mais à la tête d’un royaume affaibli et réduit. Cependant, Tsialana II a toujours été un allié de la France, si bien que lorsque l’armée française entamait la conquête de l’île, plus 1800 guerriers Antakarana l’ont accompagné, envoyé par Tsialana II. Ces derniers ont participé notamment à la prise de Diégo-Suarez, et de Vohémar, aux mains des Merina.

De nos jours, les Antakarana ont encore officiellement un Roi, qui n’a cependant que très peu d’autorités par rapport à la vie politique et économique du pays. Cependant, ce dernier exerce encore un rôle social auprès d’un certain nombre de sujets, qui acceptent sa légitimité. Il se nomme Tsimiaro III

Us et Coutumes

Parmi les us et coutumes des Antakarana, le plus important est le Tsangantsaingy, qui se déroule tous les 5 ans. Le Roi se rend sur l’ile Mitsio, sur le tombeau du Roi Tsimiaro I, pour présider au renouvellement des mats royaux par deux troncs mâles et femelles. Les mâts sont ensuite transportés à Ambilobe, seront enduits de miels et d’alcools, et où seront placés le drapeau national et le drapeau du Roi. Une circoncision collective a aussi lieu pendant la cérémonie. 

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La Grande Mitsio, devenu un lieu symbolique pour les Antakarana.

Nous pouvons aussi noter le Tsakafara, la cérémonie qui consiste à demander l’aide et la bénédiction des ancêtres pour la réalisation de divers projets (construction, mariage …) ou le Tromba qui consiste à faire appel à des esprits des anciens rois à travers des possédés. Pour finir, sachez que les Antakarana pratiquent encore abondamment le Moraingy, le sport de lutte national.

Culture

La plupart des Antakarana sont aujourd’hui musulmans, malgré une forte conservation de la religion traditionnelle, basée sur les fady et le culte des ancêtres. Tsimiaro a été le premier Roi à se convertir à l’Islam, en 1940, lors de son exil sur Nosy Mitsio

 

Revue de Presse