Antanosy

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Les « Antanosy » font partie des 18 ethnies officielles de Madagascar. Le Pays Antanosy est divisé en deux (parties en orange sur la carte). La première partie est un territoire situé à l’extrême Sud Est de Madagascar, dans les environs de Fort-Dauphin. Et la seconde partie est située plus à l’Ouest, à l’Est de Betioky. Ces deux parties sont espacées par le territoire des Antandroy, un peuple considéré comme sœur des Antanosy, du fait que les deux ethnies partagent la même origine. En effet, le royaume Antandroy a été créé par Andriamanare, fils du Roi Antanosy de l’époque, Andriankoantane.

« Antanosy » signifie « ceux de l’île ». Les historiens supposent que l’origine de ce nom est associée au fait que la région de Fort-Dauphin est une région très isolée, entourée de déserts, telle « une île au milieu des terres arides », baptisée « Anosy ».  Cependant, d'autres versions de l'histoire associent l'origine de ce nom de la position du Tranovato ou le Fort des Portugais, sur une petite île nommée Santa Cruz, située sur une zone marécageuse, difficilement accessible lors des montées des crues. 

Origine et histoire

Les études montrent qu’un peuple d’origine austronésien, dénommé « Kimosy » a été le premier à s’installer aux environs de Fort-Dauphin, vers le Xe siècle. Les Kimosy ont eu d’importants échanges avec le Moyen-Orient et faisaient partie des plus évoluées de Madagascar à cette époque. La communauté Kimosy est considérée comme la communauté « noire » de cette région, par opposition aux « Zafindraminia », une communauté « blanche » d'origine austronésienne qui débarquait au XVe siècle.

Mais d’après les récits anciens, l’organisation de la société à cette époque a été exceptionnelle. En effet, la communauté noire est caractérisée par une hiérarchie logique, emmenée par les « Vidzir ». Lorsque les Zafindraminia sont arrivés, chassés du Nord par les Antambahoaka, ces derniers avaient réussi à s’intégrer sans violence au sein de la communauté « noire » et se sont même accaparé une partie du pouvoir. Au XVIe siècle, les Rois Antanosy sont issus des Zafindraminia, mais ils sont choisis par les Vidzirs Kimosa qui restent les maitres de la terre.

L’histoire des Antanosy est en réalité à l’histoire de tous les peuples de la région. La dynastie qui se détache est celle des « Maroserana », qui furent bien des descendants de « Raminia ». Cette dynastie est en effet à l’origine de la création du royaume Sakalava (Boina et Menabe), Mahafaly, Bara, et une partie du royaume Antandroy.

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L’histoire d’Andriandramaka

Andriandramaka est le Roi Antanosy le plus connu. En effet, ce dernier traitait avec les étrangers d’origine européenne, asiatique, africaine… en tant que « Roi de Madagascar ». Il a été d’ailleurs le premier à s’être appelé ainsi. Notez qu’en ce temps, Fort-Dauphin fut un très important comptoir commercial, servant surtout de base de lancement pour les navires en partance pour les Etats-Unis pour la traite d’esclaves et d’autres matières premières.

Notez enfin que le pouvoir « réel » du Premier Roi de Madagascar, ne s’étendait pas au-delà de la région d’Anosy. Les autres Rois du Sud de Madagascar lui devaient honneur comme à un grand prince, mais n’étaient pas soumis.

« Andriambahoaka Andriandramaka », de son vrai nom est le fils d’Andriantsiambany, est un Roi connu pour son habilité à mener les guerres, que ce soit contre des tribus aux alentours ou contre des étrangers (Européens qui se sont mis en tête de coloniser la ville, des pirates…). En 1613, lorsque les Portugais ont débarqué à Fort-Dauphin et ont obtenu les faveurs du Roi Andriantsiambany pour leurs activités commerciales, ils avaient obtenu l’autorisation d’emmener le prince ainé. Mais au dernier moment, le Roi s’est rétracté, les Portugais avaient alors enlevé le fils cadet Andriandramaka. Ce dernier fut emmené en Inde et est devenu le filleul du Vice-Roi du Portugal en Inde. Il a été éduqué pour devenir le « Premier Roi chrétien de Madasgacar ». Lorsqu’il revient sur les terres malgaches deux ans plus tard, et lorsque son père mourut, Andriandramaka a été préféré à ses autres frères par les Andriambahoaka (les Vidzirs…) pour succéder à son père. Il est ainsi devenu le « Premier Roi de Madagascar », mais ne restait pas fidèle à ses engagements envers la couronne du Portugal. En effet, il reprit les croyances de son peuple aux dépens du christianisme. En 1617, après la mort d’un prêtre dû à l’isolation et l’embargo imposés par le Roi, les Jésuites décidèrent de quitter le pays.

Fort-dauphin

Fort-dauphin, capitale des Antanosy

En 1642, les Français ont décidé d’installer un comptoir commercial à Fort-dauphin sans le consentement du Roi. Les 30 ans qui suivirent étaient alors le théâtre d’une guerre atroce, faisant des milliers de morts, surtout du côté des autochtones. Les archives françaises font état de 4000 morts de leur côté, mais bien plus du côté des Antanosy. Andriandramaka a été tué lors d’un assaut contre Fort-Dauphin 1651, alors dirigé par Etienne de Flacourt. Le 8 Septembre 1674, tous les français rescapés embarquèrent dans le navire Blanc Pignon qui les emmena à La Réunion.

Le retour des Français en 1760

Dans les années 1760, les français sont revenus pour s’établir de nouveau à Fort-Dauphin, étant bien conscient de la position privilégiée du port surtout d’un point de vue commercial. Mais étant encore hantés par la période 1642 – 1674 qui a fait couler beaucoup d’encre en France, les Français emmenés par le Compte de Maudave abordèrent une nouvelle stratégie, basée sur les alliances. On raconte que plus d’une trentaine de traités furent signés avec des Rois locaux, dont les tribus ont été approvisionnées en armes et en d’autres objets et marchandises, contre des esclaves et des matières premières. Cependant, pour une raison inconnue, cette période ne dura qu’environ 10 ans avant que les Français n’abandonnent Fort-dauphin.

L’arrivée de Radama I

En 1819, les Français sont de retour une nouvelle fois à Fort-Dauphin. Ces derniers ont signé un traité de paix avec le Roi Rabefania, leur assurant une alliance pour prévenir l’arrivée d’une nouvelle menace venue du Nord, Radama I et son armée. Ce dernier a débarqué à Fort-Dauphin en 1825, accompagné de 3000 soldats. Mais même avec l’aide des militaires et des armes françaises, les Antanosy n’ont pu repousser le Roi Merina. Les Antanosy n’ont jamais pu se défaire de l’emprise des Merina, jusqu’à la colonisation. L’armée Merina qui resta dans la région a été commandée par un certain Rafito. Celle-ci ne s’acheva qu’en 1896, quand le Fort est retombé aux mains des Français, qui ont vaincu le Général Merina Rainimavo. On estime à plus de 10000 le nombre d’Antanosy ayant fui la région pour s’installer dans l’Androy durant la domination Merina. Ce qui explique le second déclaré habité par les Antanosy, plus à l'Ouest.

Le désarmement difficile des Antanosy

Après la chute de Tananarive et de Fort-Dauphin, les Antanosy n’ont cependant pas rendu les armes tout de suite. Des guerriers ont tenté de résister ou tout du moins de cacher soigneusement leurs armes pour une future et éventuelle rébellion.  En 1904, ayant eu vent de la rébellion des Antaisaka, le Roi Befanatrika tenta de soulever les Antanosy. La rébellion a duré cinq mois  avant que les Antanosy ne capitulent définitivement. 

Tamatave

Feria Oramena, le festival de la langouste

Culture

Les Antanosy sont des marins et des pêcheurs, mais ils maitrisent tout aussi bien la culture du riz, des patates douces et du manioc. Les femmes sont aussi très habiles pour la confection des « lamba ».

Comme fête traditionnelle Antanosy, on compte le « Feria Oramena » ou la « fête de la langouste ».

Les Antanosy pratiquent un culte de possession qui se nomme « Bilo ». Il s’agit de faire appel à l’esprit d’un ancêtre pour résoudre les problèmes d’une personne ou d’une famille, lors d’une cérémonie accompagnée de danses et de chants.

A la mort d’un Antanosy, le corps de ce dernier est enterré dans une sépulture collective. Mais pour sa mémoire, une colonne de pierre est dressée en son honneur. 

Revue de Presse