Betsimisaraka

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Les « Betsimisaraka » font partie des 18 ethnies officielles de Madagascar. Le Pays Betsimisaraka (partie en vert sur la carte) s’étend sur le long de la côte Est Malgache, de Vohémar dans le Nord jusqu’à Mananjary dans le Sud. On note principalement la présence dans cette région de l’une des plus grandes villes de Madagascar : Tamatave. C’est le deuxième royaume de Madagascar durant la période qui précède la colonisation, après le royaume Sakalava.

Le mot « Betsimisaraka » signifie en malgache « Nombreux et Unis ». Ce nom fût donné lorsque le Roi Ratsimilaho fit prêter un pacte de sang avec les chefs de tribus de la région d’Ambitsika, au Sud de la ville de Maroantsetra actuelle, de rester unis à jamais. C’est aussi ainsi que Maroantsetra est considérée comme la capitale du royaume Betsimisaraka durant une certaine période, avant que la ville de Tamatave devenue plus importante ne prenne le relais. 

Origine et histoire

La côte Est de Madagascar aurait vu débarquer des milliers de navires embarquant des immigrés d’origine austronésienne, arabe, européenne… Ces nouveaux venus se sont organisés en différents petits tribus, qui s’agrandissaient utilisant des alliances, des guerres… Vers les années 1700, il restait principalement quatre grandes tribus sur le littoral Est de Madagascar : les Tsikoa et les Betanimena dans le Sud, les Varimo au Centre et les Anteva dans le Nord.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, le rythme de vie des Betsimisaraka se retrouve bouleversé par l’arrivée des commerçants  de traite, mais aussi des pirates. En effet, Madagascar était un point stratégique pour le contrôle de la route des Inde. Les principaux ports de mouillages des bateaux sont : la Baie d’Antongil, Fenerive-Est, Foulpointe, Tamatave, Sainte-Marie, Mahambo et Mananara

Vers les années 1720, Ratsimilaho, fils d’un pirate anglais nommé Thomas White avec une princesse Anteva de la famille de Zafindramisoa et originaire de Foulpointe, soulevait le Nord pour étendre son royaume, et attaqua en premier Fenoarivo (la ville des mille guerriers). Mais Ratsimilaho sera aidé indirectement par un autre chef de guerre ennemi, qui se nommait Ramanano. Ce dernier, en même temps que Ratsimilaho, souleva le Sud, notamment les Tsikoa (étiologiquement ceux qui ne capitulaient pas) pour partir à la conquête du Nord, notamment de Tamatave à Foulpointe. L’extension effective du royaume Betsimisaraka se résumait ainsi par la victoire de Ratsimilaho sur Ramanano.

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Le pays Betsimisaraka s’étend sur plus de 70 000 km2. Le Roi ne pouvait donc pas y exercer un règne effectif. Ratsimilaho a organisé les Betsimisaraka en chefferie où les « filoha » (un mot malgache utilisé encore aujourd’hui pour désigner un président d’un quelconque groupement) sont les maitres de la terre et les détenteurs des pouvoirs spirituels hérités directement des ancêtres. Ratsimilaho fut alors le « filohabe », « -be » étant un suffixe qui peut signifier « grand » ou « supérieur ». C’est ainsi que dans certains récits, on parle plus de « regroupement » que de « royaume ».

Malheureusement, les fils et les descendants de Ratsimilaho ne partageaient pas les mêmes visions que ce dernier, causant le déclin du royaume, à l’image de la Reine Betty (héritière officielle du Royaume) qui céda facilement l’île de Sainte-Marie aux français avant d’embarquer pour l’île Maurice définitivement. Les deux fils de Ratsimilaho, Zanahary et Iavy de leurs côtés, se sont plus préoccupés de la richesse qu’ils pouvaient tirer parti des commerces avec les étrangers et de leurs alliances avec les pirates. C’est surtout lors de la mort du petit fils de Ratsimilaho, Zakavola que le royaume a été totalement désorganisé et a basculé dans l’anarchie. Lorsque son frère Tsihala le succède, le royaume Betsimisaraka se résumait à Fenoarivo et Foulpointe.

Plus au Sud, vers les années 1770, était né d’un père agent de la Compagnie des Inde qui se nommait Boucher et d’une mère Betsimisaraka, un homme qui se nommait Jean René. Ce dernier a étudié à l’île Maurice et fût un employé des comptoirs français établi à Foulpointe dans les années 1790. Vers 1810, les français abandonnaient les comptoirs établis sur la côte Est de Madagascar au profit des Anglais, et Jean René s’est mis en projet la conquête  et la réunification du royaume Betsimisaraka. En 1817, il réussit à expulser Tsihala et s’est autoproclamé « Chef de Tamatave » ou « Mpanjakamena ». Cependant, très vite, il sera confronté à l’une des plus puissantes armées élevées sur le sol malgache, celle du Roi Merina Radama I.

Tamatave

Tamatave, 2e plus grande ville de Madagascar et capitale Betsimisaraka

Officiellement, Radama I entamait les expéditions pour conquérir l’Est au début du XVIIe siècle et sa victoire se dessinait autour de 1817 lorsque le « Mapanjakamena » a reconnu la puissance du royaume Merina, bien appuyé par les occidentaux. Le Mpanjakamena aurait même mené plusieurs expéditions au nom de Roi Radama I, dont celle qui consistait à renverser Tsia, chef de Foulpointe. Les Merina, à travers plusieurs souverains ont réussi à asseoir leurs emprises sur le royaume Betsimisaraka jusqu’à la colonisation

Culture

La principale religion des Betsimisaraka est le culte des ancêtres, avant l’arrivée du christianisme et de l’islam. Les principaux évènements culturels dans la vie des Betsimisaraka sont le Famadihana (le retournement des morts) et le Joro (la communication avec les ancêtres). Les Betsimisaraka sont aussi circoncis, la cérémonie officielle pour une circoncision collective se nomme le To-Laza et elle a lieu entre Juin et Septembre.

Les Betsimisaraka vivent dans des cases construites en grande partie de végétaux, avec le style sur pilotis pour ceux qui vivent près des fleuves et d’autres points d’eau, pour éviter les crus en saison de pluie et l’humidité en général.

Comme tous les malgaches, le riz tient une très grande place dans l’alimentation des Betsimisaraka. La culture du riz a été surtout encouragée durant le règne de Ratsimilaho. Par contre, sont « fady » pour les Betsimisaraka de manger les Indri Indri et les Aye-Aye, les chèvres et le porc.

Notez enfin que la fameuse danse traditionnelle malgache, « Afindrafindrao », qui consiste à avancer en ligne en tenant son partenaire et en restant en harmonie avec les autres couples, est d’origine Betsimisaraka. Cette danse a été importée au pays Merina du temps de la Reine Ranavalona III, et constitue la danse d’ouverture de la plupart des cérémonies et bals officiels, encore de nos jours. 

Revue de Presse