Vazimba

En réalité, les « Vazimba » ne font pas partie des groupes ethniques officiels de Madagascar, au nombre de  18 plus exactement. Cependant, on aurait du mal à leur donner une catégorisation particulière. Et l’explication la plus plausible est que lorsque ces 18 groupes ethniques ont été établis durant la colonisation, les Vazimba auraient totalement disparu.

Entre mythe et réalité

like tweet plusone

Les divers documents et contes parlant des Vazimba ne sont pas unanimes. La plupart d’entre eux associent les Vazimba à des êtres mystiques ou à une autre créature bien différente des hommes. « Des hommes de taille courte, qui ont une tête allongée, de grosses dents, des cheveux crépus et les yeux rouges. » selon certains documents anciens. Ils sont souvent associés à des « fady », à des tabous, à des histoires et à des croyances occultes qui les placent surtout du côté des « méchants » puisqu’ils hantent des sources, des rivières, des rochers … Encore de nos jours, les lieux « fady » sont associés à des Vazimba, qui ne peuvent supporter tantôt le sel, les viandes de porc, le gingembre … On assimile aussi très fréquemment les Vazimba comme des êtres de petites, dont les femelles sont les « kalanoro », des êtres dont la chevelure arrive jusque sous leurs pieds cachant totalement le reste du corps.

Cependant, l’hypothèse la plus plausible est que les Vazimba étaient réellement des hommes, et ils étaient les premiers habitants de Madagascar, qui partagent avec plusieurs groupes, constitués de plusieurs individus, les mêmes origines.

L’origine des premiers habitants de Madagascar

Waka, pirogue à balancier

Les Waka ont emmené les premiers Vazimba sur les côtes malgaches

Les premiers malgaches sont arrivés sur l’île dans les environs des -300 av J.C., quand des peuples nomades d’origine austronésienne ont été les premiers à débarquer sur les côtes Ouest de Madagascar. Cependant, on ne parle pas de migrations massives, mais plutôt des vagues incessantes, qui se sont étalées sur plusieurs dizaines d’années, voire plusieurs siècles. Mais même si les études (fouilles archéologiques, études à travers des contes et histoires…) attestent l’origine austronésienne de ces nomades, il a aussi été prouvé que ces derniers effectuaient plusieurs escales sur les côtes asiatiques et africaines, emmenant avec eux principalement des esclaves d’autres origines, et probablement d’autres hommes non soumis ayant conclu avec eux des accords pour faire partie du voyage. Ce qui peut expliquer que certains contes et dans l’imagerie populaire, certains Vazimba sont de petite taille et pas très sociables, à l’image de certaines anciennes tribus africains.

D’un autre côté, durant cette période, les vagues, les familles et les individus arrivés sur la côte Ouest de Madagascar, n’avaient pas les mêmes idées, les mêmes comportements, les mêmes habitudes de vie, voire les mêmes gouts pour l’aventure. Si bien que deux groupes se sont formés. Les premiers, les « Vezo » se sont installés sur la côte et vivaient essentiellement de la pêche, tandis que les seconds, les « Vazimba » se sont enfoncés à l’intérieur des terres et vivaient de cueillettes, de chasse, et plus tard de l’agriculture. Les spécialistes linguistiques ont fait le rapprochement de ces appellations avec les langues anciennes austronésiennes  et ont trouvé la définition des deux noms. Ainsi, le mot « Vazimba » signifie « ceux de la forêt » et « Vezo » signifie « ceux de la côte ».

Mais pendant plusieurs siècles, les connaissances des hommes n’ont cessé de s’accroitre, si bien que bien plus tard, les vagues de migrations ont emprunté une autre route : les waka (les bateaux qui transportaient les voyageurs) puis les autres embarcations plus importantes faisaient un voyage plus direct, entre l’Indonésie et ses environs et la côte Est de Madagascar. Les comportements de ces derniers ont été semblables aux premiers. Une partie de ces nouveaux venus se sont installés sur les côtes tandis qu’une autre partie a migré vers les hautes terres. Et bien entendu, la rencontre entre les « Vazimba » venant de l’Ouest et les nouveaux venus venant de l’Est devait avoir lieu tôt ou tard.

Mais les derniers venus étaient bien plus équipés et plus armés, plus intelligents dans l’art de la guerre, et étaient bien organisés. Ils ont emporté avec eux la notion de « royaume » et de « caste ». Les Vazimba de leur côté n’étaient pas groupés et n’étaient pas organisés. On imagine qu’ils n’étaient pas assez nombreux pour sentir le besoin de le faire. Si bien que quand le Roi « Andriamanelo » débarquait à Antananarivo et commençait à faire la guerre aux Vazimba pour le conquérir, ces derniers n’avaient pas les moyens de le combattre. L’arrivée d’Andriamanelo à Antananarivo est presque la seule histoire retenue concernant les premières rencontres entre les Vazimba et les nouveaux venus de l’Est, même s’il est assez facile d’imaginer qu’ailleurs d’autres rencontres aient eu lieu, mais ne s’est pas passé d’une manière réellement différente. On situe l’arrivée des Vazimba à Antananarivo vers le 12e siècle tandis qu’Andriamanelo faisait la conquête d’Antananarivo vers 1560.

Tombeau d'Andriambodivola à Anosisoa

Tombeau Vazimba, appartenant à Andriambodivola, à Anosisoa. 

Les Vazimba  ont-ils réellement disparu ?

Aucun récit ou document ancien n’atteste réellement d’une « disparition » proprement dite. Certains contes et croyances évoquent la possibilité que les Vazimba se soient cachés sous terre, ou qu’ils aient embarqué sur des bateaux pour partir ailleurs… Cependant, l’hypothèse la plus plausible et qu’ils se soient tout simplement résolus à se soumettre aux souverains en place dans les régions où ils se sont installés. On imagine tout simplement que lorsqu’on évoque la possibilité que les Vazimba se soient enfuis, on raconte l’histoire d’un petit groupe qui l’ait fait sous l’impulsion des nouveaux venus, mais on ne peut parler de généralité. Après tout, il ne faut pas oublier que les deux « populations » sont toutes les deux d’origine austronésienne, et qu’on peut imaginer une communication plus facile.

D’anciens racontent que lorsque Andriamanelo fit la conquête d’Antananarivo et de « chasser » les Vazimba, sa stratégie ne consistait pas à réellement de tuer et chasser ces derniers, il s’agissait surtout de chasser les chefs de clans et de placer des « hova » à la tête des clans, ces derniers étant soumis au Roi.

D’anciens récits datant du Roi Andrianjaka racontent que des familles issues de clans Vazimba vaincus étaient installées à Antehiroka, et recevaient tous les honneurs comme celui d’assister aux plus grands évènements qui se produisaient au palais. On associe même certains tombeaux Vazimba à des cultes de pèlerinages royaux comme le tombeau d'Andriampirokana à Antananarivo, celui d'Andriambodilova à Ambohimanarina et celui d'Andriantsimandafikarivo à Ambohitriniarivo. Ces cultes sur les tombeaux des Vazimba ont été abandonnés du temps du Roi Andrianampoinimerina pour faire place aux cultes consacrés aux « douze collines sacrées ».

Les souverains Merina et les Vazimba

La naissance du Royaume de l’Imerina est associée à « Rangita » et « Rafohy », deux reines (sœurs ou mère et fille, difficile à confirmer) qui vivaient à Alasora. Ces derniers ont été l’ancêtre des différents Rois et Reines régnants jusqu’à Ranavalona III, dernier souverain de Madagascar. Et pourtant, la plupart des documents anciens évoquent Rangita et Rafohy comme des Vazimba. Les Vazimba n’auront donc pas disparu sur les hautes terres. Et qu’au contraire, ceux qui venaient de l’Est ne s’y en sont jamais pu s’imposer ? Les cultes voués aux tombeaux Vazimba du temps d’Andrianjaka peuvent l’attester, puisque le Roi les dédiait à ces « ancêtres ». Cependant, aucun document n’aborde réellement ce sujet. 

Revue de Presse