L'Islam à Madagascar

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La religion musulmane est bien présente à Madagascar. Les chiffres officiels datent de 2010 et font état de 1,1% de la population malgache. Mais en moins de 10 ans, certains estiment que les adeptes de la religion musulmane peuvent atteindre facilement les 15% de la population, une montée en puissance qui est due aux actions sociales réalisées par les Associations musulmanes auprès de la population.

Diego-Suarez est la ville où on retrouve le plus grand nombre de musulmans. On y retrouve pas moins de 19 mosquées, dont la première, celle installée dans la ville basse, a été construite en 1887. Parmi les premiers, on retrouve aussi la Mosquée Anafi Jacob, construite en 1905 et la Mosquée Bambao en 1910. 

Mosquée Ankorondrano

La mosquée d'Ankorondrano, l'une des plus importantes de la capitale

Histoire

L’arrivée de l’islam à Madagascar remonte aux environs du VIe et du VIIe siècle, lorsque les vagues successives de migrations des Polynésiens vers Madagascar emmenèrent aussi une minorité musulmane. Ces derniers ont bien été inférieurs en nombre, mais au fil du temps, plusieurs communautés musulmanes furent créées sur les côtes Est malgaches. Sur la côte Ouest, l’Islam accompagnait les bateaux des puissants commerçants arabes ou de Zanzibar, qui étaient en bons termes avec les royaumes de l’Ouest comme les Sakalava ou les Antakarana.

L’Islam est ainsi entré à Madagascar bien avant le christianisme. Cependant, l'Islam n’a pas su s’imposer face à ce dernier. En effet, les royaumes proches des Arabes furent vaincus par le Roi Andrianampoinimerina et son fils Radama I, qui ont été épaulés par les Européens. Le christianisme régnait donc, ne laissant l’Islam se développer que timidement, dans quelques localités du Nord et du Sud-Est. La situation ne changeait guère durant la colonisation ou les premières républiques, puisque les Européens sont restés les partenaires économiques et politiques de Madagascar.

Le développement de l’Islam à Madagascar n’a connu un vrai essor que bien plus tard, durant la IVe République, date à laquelle Madagascar adopte une politique plus ouverte par rapport aux partenaires internationaux, en s’alliant notamment avec les nouveaux pays émergents, notamment arabes et asiatiques. 

L’apport de l’Islam dans l’identité malgache

Bien que l’Islam n’ait pas su s’imposer à Madagascar, il a réussi à imposer certaines pratiques et certaines croyances aux Malgaches. L’un des plus importants est sans doute le système de famille patriarcal, si les Polynésiens, déclarés comme les ancêtres des Malgaches, ont un système de famille matriarcal.

Il est aussi fascinant de remarquer que certaines traditions ancestrâles malgaches, bien que ces derniers soient surtout adressés à la religion traditionnelle malgache, sont marquées par les pratiques musulmanes, comme l'érction du mât lors du Fanompoambe chez les Sakalava par exemple.  

Notez aussi que la dynastie des Zafiraminia, connus pour être les ancêtres de la plupart des puissants royaumes malgaches, est originaire de La Mecque. On les surnommait en effet « les princes blancs », et on annonçait bien qu’ils n’avaient pas les mêmes origines que le malgache habituel, plus exactement le « vazimba » et le « vezo », d’origine polynésienne. Les royaumes du Sud (Antaimoro, Antaisaka, Antanosy …) comme le royaume Sakalava, ont été fondés par la dynastie des Maroseranana, des descendants des Zafiraminia.

Sorabe, Darafify

Le Sorabe, le premier alphabet malgache, d'origine arabe

Dans le Nord, le Roi Antakarana Tsimiaro a été le premier souverain à se convertir à l’Islam. Chassé par l’armée Merina de Radama I, Tsimiaro a rompu des liens d’amitié avec le sultan de Zanzibar, qui accepta d’envoyer un navire de guerre sur Nosy Mitsio afin de contrer l’arrivée des Merina. L’histoire raconte alors, bien que ceci ne soit réellement confirmé, que la conversion du Roi à l’Islam fut le prix à payer en contrepartie.

Notez aussi que l’Islam a été à l’origine du « Sorabe », le premier alphabet malgache qui a été remplacé plus tard par le malgache latin, œuvre des pasteurs de la LMS (London Missionary Society). L’histoire raconte que le Roi Radama I a demandé à apprendre le Sorabe auprès de scribes Antaimoro, avant  même l’arrivée à la cour des missionnaires anglais, qui lui a convaincu plus tard d’apprendre leur langue. 

Revue de Presse