Rova Manjakamiadana

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Le Rova (mot malgache pour « Palais ») de Manjamiadana, ou « Anatirova » (qui signifie littéralement dans l’enceinte du Rova) est sûrement l’une des principales curiosités artistiques de la ville d’Antananarivo. Il est placé sur les hauteurs de la ville, à 1463m d’altitude, et est visible à des kilomètres de la ville. On l’appelle aussi le « Palais de la Reine », bien que ce nom revienne surtout à l’édifice le plus important des lieux. En effet, le Rova est étalé sur une propriété de plusieurs hectares, et constitué de plusieurs bâtiments, tombeaux, chapelles… 

Petite histoire de Madagascar

Rova Manjakamiadana

Le Rova de Manjakamiadana, ou le Palais de la Reine, de nos jours

La colline des milles "soldats"

C’est durant les années 1610 que le Roi Merina Andrianjaka a choisi la plus haute colline de l’Imerina (choix stratégique par rapport à l’emplacement), pour y placer son armée de mille soldats après sa victoire contre les Vazimba, les premiers occupants de la ville d’Antananarivo. Ce fut l’emplacement de l’actuel Rova de Manjakamiadana bien qu’il ne fût pas encore la principale résidence royale. Cependant, Andrianjaka y faisait construire un palais en bois en architecture traditionnelle. Notez que cette garnison royale a été à l’origine du nom d’Antananarivo qui signifie littéralement « Ville des milles ».

Les successeurs d’Andrianjaka en firent de même, ayant cependant l'habitude de détruire et de reconstruire à chaque fois. Notez que le fils d’Andrianjaka, Andriamasinavalona a divisé son royaume en quatre (pour ses quatre fils), Anatirova devint alors la résidence royale du royaume le plus au Sud de l’Imerina. C’est sous Andrianampoinimerina, Roi d’Ambohimanga, que le royaume fut réunifié, et qu’Antananarivo redevint la capitale de l’Imerina avec Anatirova comme résidence royale.

Ce fût le Roi Andrianampoinimerina dans les années 1796 qui fît construire le dernier palais en bois avec une architecture traditionnelle d’Anatirova, à qui il a donné le nom de Mahitsielafanjaka, qui peut être traduit par « Gouverner longuement dans la droiture ». Mais celui-ci a été détruit suite à diverses attaques. 

Le palais tout en bois de Ranavalona I

Radama I, le fils et successeur d’Andrianampoinimerina, quant à lui voulût résider à Anatirova et fît construire le bâtiment nommé « Tranovola » dans les années 1815 en faisant appel à un architecte français nommé Louis Gros. Mais c’est son épouse et successeur à la tête de la monarchie, Ranavalona I, dans les années 1820 qui fit construire le palais tel que nous le connaissons de nos jours. C’est ainsi que ce bâtiment prenait le nom de « Palais de la Reine ». Ce fut aussi elle qui donna pour la première fois le nom de « Manjakamiadana », qui signifie « régner en paix ». La construction a été confiée à l’ingénieur français Jean Laborde, une grande personnalité de l’histoire de Madagascar, et surtout de l’Imerina. « Tranovola » fût aussi rasé et reconstruit dans une forme plus moderne, pour être la résidence de son fils Rakotondradama, qui deviendra plus tard Radama II

Rova Manjakamiadana

Le Rova de Manjakamiadana, une immense contruction en bois

La construction du palais a nécessité 3 ans (1939 à 1941) et plusieurs centaines d’hommes, non salariés, mais soumis au régime de corvée. Notons cependant qu’en cette période, une corvée a été perçue comme un devoir en tant que citoyen et non une obligation dont le non-respect pouvant entrainer quelconque sanction.

La « première pierre » de l’édifice a été un long tronc d’arbre qui va supporter le soutenir en entier. Il a été recueilli dans la forêt de Zafimamy à Antsahambavy-Andranoavo, un tronc d’arbre mesurant 43m de haut, a qui on a donné le nom d’« Ivolamahitsy ». Son transport (au dos d’ouvriers corvéables à pieds) a nécessité deux mois et a occasionné environ deux mille personnes.

Cependant, le visage du Palais de la Reine Ranavalona I n’est pas réellement celle du Palais tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, l’ensemble de l’édifice a été réalisé en bois. En effet, seul ce matériau a été autorisé pour la réalisation des constructions au sein de l’Imerina. La pierre, les briques… sont fady (tabous). Le bois devait être acheminé depuis de lointaines forêts puisqu’Antananarivo a déjà connu, à ce temps-là, une importante déforestation due à une utilisation excessive dans la construction, dans la vie quotidienne en tant que combustible… 

Le palais de pierre de Ranavalona II

C’est en 1869, et après la levée de l’interdiction ou le fady de l’utilisation de la pierre dans la construction, que la Reine Ranavalona II (nièce de la première du nom mais non le successeur direct) annonçât la réhabilitation du palais et l’introduction de la pierre dans la construction. Le palais de la reine ne changerait pas donc totalement de visage, seuls les murs extérieurs et les colonnes en bois (dont la plupart furent en très mauvais état) seront remplacés par un mélange de granit et de graviers. Notons cependant l’introduction des quatre tours correspondants aux quatre coins du palais (qui seront les derniers achevés). En même temps, la Reine Ranavalona II qui s’est convertie au christianisme fit construire un temple (en pierre) dans l’enceinte d’Anatirova. Les deux chantiers ont été confiés à James Cameron, un architecte et missionnaire anglais, avec l’aide, encore une fois, des corvéables. Ce fut environ 100 000 pierres taillées qui furent acheminées sur les hauteurs de la colline de Manjakamiadana des chantiers d’Ambatomaro, de Malakialina, et d’Ambohipotsy. 

Le palais de la Reine durant la colonisation

Ayepiornis maximus

Ayepiornis maximus, une espèce éteinte

En 1895, les français arrivent aux portes du palais, qui devinrent le théâtre de violents affrontements. Le palais lui-même est victime de tirs d’obus qui ne pouvaient passer sans laisser de préjudices. La Reine Ranavalona III (successeur direct de Ranavalona II) se rendit aux français et les occupants des lieux ont été invités à partir. C’est en 1897 que le Rova devenu désert fût transformé par les français en musée ouvert en public. Puis, la salle du trône a été convertie en école, celle du Myre de Vilers. Plus tard, cette même salle est devenue le musée d’histoire naturelle de l’Académie malgache avec des spécimens d’oiseaux, de reptiles, de poissons….

En 1928, la salle au premier étage, nouvellement construite, est transformée en musée  d’art, et abritait des toiles de peintres français et malgaches, des collections d’armes et autres objets royaux. Dans les années 80, après la colonisation, Anatirova abritait aussi un musée de paléontologie abritant entre autres deux squelettes d’Ayepiornis ou Oiseaux-éléphant de plus de trois mètres de haut et endémique de Madagascar, et un squelette d’un dinosaure de plus de 30m. 

L’incendie de 1995 et la difficile reconstruction

Le Samedi 6 Novembre 1995, un énorme incendie d’origine encore inconnue de nos jours, ravage le Palais de la Reine, le temple, les tombeaux et les bâtiments à l’intérieur de l’enceinte du Rova. Le fait que le palais ait gardé une grande partie de ces matériaux en bois facilite la progression des flammes et des dégâts. Une fois les flammes maitrisées, il ne restait plus que des décombres de pierres.

D’énormes fonds ont été nécessaires pour sa reconstruction. Cette dernière n’a cependant commencé qu’en 2006, après une grande sensibilisation et une grande récolte de dons à travers tout le pays, et même auprès de plusieurs organismes et gouvernements étrangers. De nos jours, le Palais de la Reine n’a pas encore été totalement reconstruit.

Une très grande partie des objets, des tableaux et autres œuvres d’art a aussi été perdue dans l’incendie. Seule une infime partie a pu être sauvée et conservée au Palais d’Andafiavaratra avant la réouverture du Rova au public.

En 2015, 45 reproductions de tableaux détruits dans l’incendie ont été réalisées et remises par le gouvernement allemand aux autorités. Ces reproductions ont été possibles grâce à des photos réalisées en 1988, précaution utile avant une grande reconstruction du palais. Plusieurs tableaux réalisés par des peintres malgaches ont aussi intégrés la liste des œuvres actuellement exposés à Anatirova.

Mais le principal préjudice de l’incendie, c’est le fait qu’Anatirova ne pourra plus intégrer la liste des patrimoines mondiales de l’UNESCO comme c’est le cas pour le Rova d’Ambohimanga, alors que ce projet existait bel et bien avant l‘incendie. 

Les princiaples édifices (anciennes et actuelles)

Le « Palais de la Reine » proprement dit

Le Palais principal est un grand bâtiment de deux étages d’environ 600 m². La première version lorsqu’elle était encore entièrement en bois fut bien plus large puisque les murs de pierre lors de la rénovation ont été bâtis vers l’intérieur. Quatre tours ont été bâties aux quatre coins du bâtiment. Et les façades sont ornées de 7 ou de 5 fenêtres arquées. La salle de trône fût érigée au rez-de-chaussée.

Tranovola

Tranovola et les tombeaux royaux, avant l'incendie de 1995

Tranovola

Tranovola a été construit par Radama I, avant qu’il soit totalement rasé pour faire place à une maison plus grande, construit par Ranavalona I pour son fils Radama II. D’un point de vue architectural, le nouveau Tranovola ressemblait à la première version du palais principal lorsque ce dernier a été entièrement en bois. Le bâtiment était décoré par de l’argent, ce qui lui donna le nom de « Tranovola », qui signifie littéralement « Maison d’argent ». Après Radama II, Tranovola fut le bureau du Premier ministre et parfois de maison d’hôtes aux ambassadeurs étrangers. Durant la colonisation, Tranovola a été aménagé pour accueillir au même titre qu’une partie du palais principal, l’école Le Myre de Vilers. Tranovola a aussi été entièrement ravagé par l’incendie de 1995.

Manampisoa

Dessiné et construit par James Cameron, Manampisoa est une petite villa en forme de croix grecque et avec des fenêtres en guillotine coulissante, peinte en noir et rouge, et lieu de résidence de Rasoherina, bien que finalement cette dernière n’y ait résidé qu’une très courte période. Ce fut alors la résidence de Ranavalona II puis Ranavalona III. Durant la colonisation, Manampisoa a été érigé en musée de la culture malgache pour l’exposition d’objets royaux tels que des costumes, des bijoux, des ornements, des armes…

Les autres petites cases

Autour des bâtiments principaux ont été construites de petites cases qui respectent l’architecture ancestrale Merina. Ce sont de petites cases, avec des toits surélevés  qui se terminent par une grande croix qui rappelle des cornes de zébus, un symbole très important dans la culture malgache.

L’une de ces cases est « Besakana », qui fût la résidence du Roi Andrianjaka, bien que celle-ci ait été maintes fois rasée et reconstruite. Andriamasinavalona, puis Andrianampoinimerina (temporairement) ont résidé à Besakana. Radama I y résidait aussi un court instant, durant la construction de Manjakamiadana. Plus tard, ce dernier en fit la première école de Madagascar, qui n’accueillait que les enfants de la famille royale.

Mahitsielafanjaka

Mahitsielafanjaka, la demeure d'Andrianampoinimerina

Une autre de ces cases se nommait « Mahitsy » ou « Mahitsielafanjaka ». Cette dernière a été construite par Andrianampoinimerina lorsqu’il décida de déménager définitivement à Antananarivo. Mahitsy est un lieu chargé en spiritualité, où se déroulaient plusieurs cérémonies et autres « fombafomba ».

« Masoandro » ou « Masoandrotsiroa », qui signifie littéralement « Soleil » est aussi l’un des noms portés par l’une ou plusieurs de ces cases. Divers récits racontent que ce nom a été donné à plusieurs cases à plusieurs emplacements. La première version de ces dernières fût construite par Andrianjaka. La version construite par Ranavalona II a été la première en brique. La dernière était aussi une version en brique dont la construction a débuté en 1893, mais qui n’a finalement jamais achevé à cause de la guerre avec la France.

La chapelle royale

La chapelle royale a été construite durant le règne de Ranavalona II, premier souverain malgache qui s’est converti au christianisme. Les travaux ont commencé en 1869 et l’inauguration a eu lieu le 08 Avril 1880. L’orgue et les vitraux ont été importés d’Angleterre. Les ornements en bois précieux, dont ceux de l’emplacement privé de la Reine, ont été réalisés par des ébénistes locaux.

Les tombeaux royaux

Neuf tombeaux royaux ont été construits dans la partie Nord-Est d’Anatirova. Les plus imposants sont le tombeau de Radama I (construit par Louis Gros en 1828) et celui de Rasoherina (construit par James Cameron en 1868), avec de très larges « trano manara » ou « trano masina ». Ces derniers sont indissociables aux tombeaux des nobles dans la culture Merina, et servent « de résidence des esprits des morts ». Durant la colonisation, le Général Gallienni ordonna le transfert des corps des anciens souverains de Madagascar, alors enterrés à Ambohimanga et à Ilafy pour Radama II, vers Anatirova. Les corps d’Andrianampoinimerina et de Radama II furent alors déposé dans le tombeau de Radama I et ceux de Ranavalona I et de Ranavalona II déposés dans celui de Rasoherina. En 1917, la dépouille de Ranavalona III, décédée en Alger en tant qu’exilée politique, fut aussi déposé dans la tombe de Rasoherina. C’est ainsi que les deux tombeaux furent généralement appelés « Tombeau des rois » et « Tombeau des reines ».

Les sept autres tombeaux sont appelé communément « Fitomiandalana » qu’on peut traduire par « la lignée des sept ». Dans l’ordre, ces tombeaux appartiennent à ces anciens rois et les membres de leurs familles :

  • Andrianavalonibemihisatra (fils d’Andriamasinavalona et Roi d’Antananarivo)
  • Andriamponimerina (fils d’Andriamasinavalona et Roi de Madagascar)
  • Andrianjakanavalomandimby (plus grand frère d’Andriamasinavalona et Roi d’Antananarivo
  • Andriamasinavalona (frère d’Andrianjaka et Roi de l’Imerina)
  • Andriantsimitoviaminandriandehibe (frère d’Andrianjaka et Roi de l’Imerina)
  • Andrianjaka (Roi de l’Imerina)
  • Andriantsitakatrandriana (frère d’Andrianjaka et Roi de l’Imerina)
  • Andriantomponimerina (frère d’Andriamasinavalona et Roi d’Antananarivo)
Portail Anatirova

L'immense portail d'Anatirova et son Aigle royal

Le portail en pierre et l’aigle en bronze

A l’entrée principale du Rova, fut construit en 1845 un très large portail, un arc de triomphe orné d’un aigle (ou d’un épervier) en bronze. Le portail a été construit par James Cameron, et l’aigle a été importé de France par Jean Laborde, deux personnalités étrangères qui ont eu leurs places dans l’histoire de Madagascar.

Comment y accéder

Le Rova de Manjakamiadana est implanté en plein centre-ville d’Antananarivo, il n’est donc pas difficile d’y accéder.

En voiture privée ou en taxi, il y a deux routes qui peuvent mener à Anatirova, mais ces deux dernières vont se rejoindre à Ambohijatovo pour n’en faire qu’une, avant d’arriver devant le portail principal Nord du Rova. En réalité, il existe une troisième route qui ne rejoint les deux premières que sur la place d’Andohalo (plus haut qu’Ambohijatovo), mais cette dernière est à sens unique (sens descendant).

A pieds, il est aussi possible d’arriver à Anatirova en empruntant des escaliers (plusieurs choix) pour les plus courageux. En effet, il ne faut pas oublier que le Rova se trouve en hauteur. Avec un bon rythme et sans forcer, le trajet dure environ 45 mn d’Analakely (le centre ville). Vous pourrez ainsi en profiter pour y contempler voire visiter plusieurs édifices dont la Cathédrale de l’Immaculée Conception d’Andohalo (siège de l’archidiocèse et de la foi catholique), la Paroisse Internationale d’Andohalo (seule paroisse de la foi protestante proposant uniquement des cultes en français), la Cathédrale Saint Laurent d’Ambohimanoro (siège du Diocèse et de la foi anglicane), la place d’Andohalo (lieu de fêtes, de cultes, de kabary royaux…), le Palais de Justice d’Ambatondrafandrana, le Palais du premier ministre à Andafiavaratra… sans négliger les vues magnifiques sur la ville d’Antananarivo sur plusieurs points de vue.

Enfin, en bus, vous embarquerez à Analakely pour arriver devant le portail principal. Vous avez le choix entre deux lignes, dont la première à son terminus devant le portail, et la seconde qui continue vers le sud jusqu’à Ambohipotsy en longeant le mur Ouest de l’enceinte. Cette route, si vous consentez à y faire un tour après la visite du palais, est en réalité un cul-de-sac après quelques kilomètres, mais vous pourrez y profiter une vue incroyable sur le côté Ouest et le côté Sud d’Antananarivo. Cette route se termine aux environs du Temple FJKM Rasalama Martiora d’Ampohipotsy, qui fait partie des Trésors Architecturaux de Pierre d’Antananarivo, dont font partie le Rova de Manjakamiadana et le Palais de Justice d’Ambatondrafandrana

Anatirova sur Google Map

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